dharma nous font sentir combien la cultura est
en-deçà de l’institution. C’est bien que nous ne
pouvons logiquement pas nous extraire de la
culture pour parler d’objets culturels tout au
plus pouvons-nous nous déplacer au sein de la
culture pour constituer différentes perspectives
et ces déplacements demeurent des opérations
(intra-)culturelles. Il n’y a pas de méta-culture
(Lacan, 1999 Quine, 2003)2. Zōng (宗) :les
ancêtres. Concevoir la religion sous l’angle de
l’ancestral rend aberrante l’idée même de
nouvelle religion, sauf à se chercher des aïeuls.
Jiào (教) :enseigner, ordonner, faire faire. La
religion en Chine est un cas particulier de l’école
de pensée et ça n’est pas bien différent de ce
qu’étaient les sectes philosophico-religieuses de
la Grèce archaïque (Détienne, 2006). L’idée de
soumission au savoir des anciens donne la
mesure de ce que l’on attend d’une religion en
Chine. Même graphie, 宗教, pour le japonais.
Prononcé shuukyou :chef, respect /enseigner,
instruire.
2. D’où, a fortiori le concept de secte est
latino-chrétien
Alors, parler de secte, nommer une secte ou les
décrire, tout cela n’est au fond qu’une façon de
faire un usage latino-chrétien de l’idée de secte
l’idée même de secte étant d’ailleurs
spécifiquement latino-chrétienne. Et en
l’occurrence, l’usage moderne de cette notion est
déjà une pratique religieuse et culturelle, une
scrupulosité (religio), elle est déjà une institution
qui se déploie sur fond de culture latine. Cette
institution est institution d’une séparation (sexus,
sectus) et simultanément institution d’une
« ligne de conduite » (secta, de sequi, suivre)
(Boulhol, 2002). Autrement dit, faire secte,
c’est-à-dire se réunir autour d’une séparation
2 Selon Lacan (1999) et cette thèse fit l’objet des reproches des
linguistes –, il n’y a de langage que métaphorique et s’il soutient
en même temps qu’il n’y a pas de méta-langage, c’est bien au sens
il n’y a pas de niveau dernier d’un usage du langage qui serait
susceptible de ne plus être un usage métaphorique. Le langage-
objet est homogène au méta-langage. Cela implique pour notre
propos qu’il n’existe nul lieu méta-culturel non plus, mais
seulement des situations et des usages culturels de porter regard sur
la culture. Un discours méta-culturel est toujours culturel. Quine
(2003) rejoint par la logique la même conclusion :il est impossible
de s’assurer des critères de réussite d’une éventuelle sortie de notre
système de référence (culturel, langagier…).
commune, c’est encore renouveler la culture,
cultus, c’est encore re-legere, recueillir,
retourner, récolter et travailler le terreau
langagier. Voilà ce qui constitue à mon sens le
Kulturarbeit freudien. De même, tout débat qui
cherche à trancher si tel groupe est sectaire ou ne
l’est pas, s’il est religieux ou non, tout débat de
cet ordre est bien une institution culturelle
fondamentalement latine et scrupuleuse et qui
fait acte de foi dans la culture et dans ses mythes
de référence.
Dire que l’idée contemporaine de secte est
toujours latino-chrétienne, c’est soutenir d’une
part qu’il y a une spécificité de la secta
chrétienne (et qui contraste avec les réalités
historico-sociologiques des paganismes
antiques, des judaïsmes antique et moderne, de
l’hindouisme, du bouddhisme, du taoïsme,
etc.3), et d’autre part qu’il existe une filiation
logique qui irait de la secta du christianisme
antique à l’objet culturel (post-)moderne qui se
trouve être désigné par le même signifiant
« secte » et qui s’épaissit de dimensions
politiques, scientifiques et idéologiques
modernes (libertés de penser et de conscience,
théories de l’emprise sectaire, loi About-Picard
en France, recevabilité sociale de la plainte
victimaire, réglementation de la psychothérapie,
etc.). Le mot de François Mauriac (1928)
voulant que le christianisme soit une secte qui a
réussi, idée largement en circulation dans la
société française, pourrait être renversé ainsi :le
christianisme est la première religion à avoir
imposé son idée de ce qu’est une religion et
corollairement ce qui est sectaire et non-
orthodoxe. En effet, l’idée de religion n’est-elle
pas depuis le christianisme finement articulée à
l’idée d’universalité de son domaine
d’application (tous les hommes sont sous la loi
de Dieu tous n’en sont pas conscients) et à
l’idée d’une croyance dont l’implication éthique
(la foi) est déterminante pour la validité de ses
promesses ?N’est-ce pas seulement à partir
d’une telle conception du fait religieux (comme
croyance pouvant prétendre à l’universel) que le
procès en hérésie est possible et que le schisme
3 Je laisse de côté l’islam :sa tradition puisant en partie dans le
christianisme, il hérite de conceptions latino-chrétiennes (juste
soumission, universalité, implication éthique par la foi, etc.).
International Journal of Cultic Studies Vol. 6, 2015 63
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