38 International Journal of Cultic Studies Vol. 4, 2013
sectarisme. Quelle distinction le rédacteur fait-
il entre ses deux notions ?Quelles conséquences
produit-elle ?Est-ce un degré d’intensité ou des
particularités ?
Dans un autre document, il est précisé que « le
panneau d'affichage devant l'école est le support
d'informations plutôt suspectes »
(CAMINAREM, 1999). Toutefois, nous ne
savons pas quelles sont ces informations
suspectes et en quoi elles sont suspectes.
Autre situation, le rapporteur de Notre-Dame-
du-Rosaire (1999) conclut en écrivant :« après
la visite faite aujourd'hui, je ne peux que
confirmer le caractère assez strict et empreint
d'une morale religieuse traditionnelle […]
importante. Pour autant, il ne s'agit pas d'un
établissement clos il faudrait vaincre des
résistances pour obtenir des informations.
L'établissement est ouvert aux contrôles
qu'impose la législation ». Tout semble se
passer comme si, les conditions de l’inspection
ou le besoin de classification en secte ou non-
secte privilégient les investigations sur les
modalités d’instructions et d’éducation à la
citoyenneté ou à l’esprit critique.
Parfois, le caractère sectaire semble peu
argumenté. Une illustration nous est offerte en
comparant la synthèse des quatorze écoles
Steiner (1999) présentée par la MILS (2001,
pp. 57 -58) et le rapport de Sorgues qui
semblerait être le document initiateur de la
remarque. Le rituel observé a duré quelques
minutes. Il est indiqué, mais non décrit, ni
explicité dans un rapport totalisant trente-
sept lignes, après deux heures passées dans cette
école. Le lecteur ne peut donc pas apprécié si
celui-ci est préjudiciable au développement de
l’enfant, à son instruction ou à son sens critique.
Il devient cependant un indicateur problématique
grave pour l’ensemble des treize autres
établissements de la même obédience, car, selon
la MILS (2001), les inspecteurs sont arrivés plus
tard dans les autres écoles et ne l’ont donc pas
vu.
Évaluer un rituel social nécessite d’en explorer
le contexte, l’histoire, le sens et sa fonction
sociale. Par exemple, sans précision
contextuelle, comment un laïque français
interpréterait-il le rituel quotidien de jeunes
enfants, quelques soient leurs croyances
(chrétien, bouddhiste, libre-penseur), élèves
d’écoles confessionnelles ou non, qui
commenceraient leur journée, main sur le coeur,
en jurant ensemble allégeance à la nation unie
sous l’autorité de Dieu ?10 Dès lors, nous nous
interrogeons sur les critères énoncés ici :les
comportements ésotériques caractérisent-ils une
secte ?Or, ce n’est pas un caractère atypique,
minoritaire, inconnu, voire étrange, qui peut
qualifier un mouvement à dérives sectaires, mais
des processus et des comportements clairement
identifiés, susceptibles de générer des carences
éducatives pour l’enfant ou des abus effectifs ou
encore d’altérer le jugement des personnes qui
prennent soin de lui. D’ailleurs, le
26 janvier 2006, Jack Lang, ministre de
l’Éducation, affirme :« qu’il n’y a pas de
pratiques à caractère sectaire » (cité par El
Mountacir, 2006).
Les constats de CAMINAREM, Sorgues ou de
Grünewald, pourtant de la même époque, sont
interprétés différemment :le retard des
apprentissages est pointé comme carence pour
les deux premiers établissements de même
obédience, à travers des rapports courts (3 pages
et 37 lignes), ils sont inscrits dans le choix d’une
progression différente dans la dernière école,
d’une autre obédience et dans un rapport plus
approfondis (5 pages).
B–Sur la seconde période de 2005 à 2012, les
termes de secte ou de sectaire n’apparaissent
quasiment plus. Les rapports décrivent un état
des lieux sur les effectifs et les bâtiments. Ils
relèvent des observations, soumettent des
conseils pédagogiques, voire prévoient des
visites répétées pour un suivi de l’établissement.
Plus souvent, le contenu est élaboré et le
dialogue se construit autour des exigences
énoncées.
La démarche tente une normalisation afin de
prévenir une situation éventuelle de danger pour
la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur
10 Serment d’allégeance états-unien prononcé chaque matin :« I
pledge allegiance to my Flag and the Republic for which it stands:
one Nation indivisible, with Liberty and Justice for all ».
Traduction :Je jure allégeance au drapeau des États-Unis
d'Amérique et à la République qu'il représente, une nation unie
sous l'autorité de Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice pour
tous.
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